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jeudi 29 août 2002
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Tintin est rempli de bulles (2)

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Le cogiteur

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Commençons notre tour des bulles trouvées dans les albums de Tintin par les anciennes bulles d’Hergé qui ne sont plus des bulles, peut-être grâce à Hergé.

Et comme le chante Aznavour, « Je vous parle d’un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître... »

Pour les pionniers du scrabble duplicate, et antérieurement pour les pionniers du scrabble tout court (parfois qualifié, avec une pointe de dédain ou d’ironie, scrabble de cuisine), il était exclu de jouer sur sa grille un bon nombre de mots qui depuis lors sont admis.

Et parmi ces mots exclus, quelques-uns se trouvaient pourtant dans les albums de Tintin.

Mais voilà, après la publication des albums de Tintin, ces mots qui n’existaient pas dans les dictionnaires les plus répandus, les plus populaires, y sont entrés.

Le Petit Larousse ou l’O.D.S. les ont accueillis.

Y a-t-il un lien de cause à effet entre la présence du mot dans l’oeuvre d’Hergé et la réception du mot par le Petit Larousse ou l’O.D.S., ou est-ce le fruit du pur hasard ? Difficile à dire ! Je dirais même plus....

Voyons cela de plus près !

Nous démarrons par la lettre A.

AGUARDIENTE

La présence de cette boisson dans le Petit Larousse est postérieure à la rédaction de l’album d’Hergé, Les Sept Boules de Cristal, d’où est extraite l’illustration. Cet ouvrage date de 1948.Pendant longtemps les scrabbleurs ne pouvaient donc pas jouer ce mot aguardiente qui n’avait d’ailleurs que fort peu de chances de se placer sur la grille. Il est en effet très rare de jouer au scrabble des mots de onze lettres. Notons toutefois que le mot est renseigné dans le Grand Robert comme rencontré en 1853 dans un ouvrage de Théophile Gauthier. Il lui donne une origine espagnole. Le Petit Larousse y voit une origine espagnole ou portugaise.

L’aguardiente, un parfait brûle-gueule, sans être populaire, se trouve à présent dans la plupart des rayons eaux-de-vie du moindre « Aldi ». On fabrique de l’aguardiente en Amérique centrale et du Sud, mais aussi en Espagne. Au Venezuela, il a une teneur dépassant 80° d’alcool. A voir la tête de Haddock, lorsqu’il ingurgite ce "destop", je ne serais pas surpris que ce soit celui-là que lui offre Alcazar. A votre santé, mais moi, non merci, je préfère un jus d’orange.

AMIGO

Le mot amigo signifie ami en espagnol. Mais amigo, en langue française, a une autre signification. Il veut dire cachot de police.

L’origine du mot amigo date de l’occupation de nos provinces belges par les troupes espagnoles. Rappelez-vous vos cours d’Histoire : Charles-Quint, puis Philippe II et le sinistre duc d’Albe. L’amigo était le réduit où l’on plaçait les vagabonds et les personnes ivres pour passer la nuit. Les occupants espagnols auraient confondu deux mots flamands très voisins de consonance, probablement mal baragouinés par des poivrots amenés en ces lieux. N’oublions pas qu’à cette époque, la majorité des habitants de Bruxelles ne parlaient que la langue flamande, une langue aux dialectes et à la prononciation qui jadis variaient parfois sensiblement tous les dix kilomètres. Le premier de ces deux mots signifiait ami (vriend) et l’autre signifiait espace fermé (vrunte). Cet espace fermé a été traduit amigo.

Il est probable que ce mot amigo serait pour de bon tombé dans l’oubli si un hôtel des plus luxueux ne s’était établi sur le site de l’ancien amigo du centre de Bruxelles et n’avait choisi pour enseigne le nom d’amigo.

Si vous désirez visiter les nouvelles cellules, certainement plus soignées et plus spacieuses qu’à l’époque, dites-vous bien qu’elles se louent plus de 330 euros la nuit pour une personne, ce qui est certainement plus cher que l’amende infligée par les sbires du duc d’Albe aux hébergés de cette période.

Longtemps ignoré des petits dictionnaires d’usage courant, le mot amigo est entré dans l’officiel du scrabble, l’O.D.S. Grâce au scrabble, de tels belgicismes entrent dans le vocabulaire de milliers de francophones partout dans le monde et deviennent ainsi de moins en moins des belgicismes. Et cela, au même titre que les si nombreux régionalismes entrés dans les dictionnaires, sans que ceux-ci n’estiment devoir indiquer l’origine régionale. Voyez à czt égard la remarquable étude de Henriette Walter : "Le Français d’Ici, de Là-Bas et d’Ailleurs" où la brillante philologue relève un grand nombre de régionalismes. Curieusement, beaucoup de ces mots se retrouvent dans les "petits dictionnaires" sans mention d’un régionalise.

Voilà qui réconforte le lecteur belge qui s’étonne parfois de trouver dans les petits dictionnaires et dans l’O.D.S. tant de mots qui lui sont parfaitement inconnus.

Notons au passage que « adios » qui apparaît aussi dans le phylactère de l’illustration, bien qu’absent de nos dictionnaires, se dit, du moins en Belgique, assez fréquemment. Et ce ù mot s’utilise particulièrement au moment de quitter une assemblée de personnes francophones si l’on n’a pas envie de serrer les paluches de tout le monde. Vous levez le bras et dites « Adios, les amis ! » C’est une manière moins discrète, plus sympathique et à peu près aussi rapide que de filer à l’anglaise ! Est-ce encore une habitude gardée en Belgique depuis l’occupation de nos régions par les Espagnols ? Qui sait ? Mais attention, ce mot très international, on ne peut toujours pas le jouer au scrabble.

<<à suivre>>


 
 

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