logo ARTICLE 7111

Bavardages >> Parlons d’autre chose >> En cours de route >>

version imprimable
lundi 22 mars 2010
;

En cours de route (41) Interrogatoire a Azziz

Auteur(s)


Le cogiteur

Dans la même rubrique

Je me trouve donc à 6 kilomètres de Azziz, mais la nuit est tombée et il fait très noir.

Je demande au taxi de me conduire à Azziz. 5 livres turques, environ 2,5 €.

Pendant le trajet, il essaie de me convaincre de continuer vers Alep et me dit qu’il n’y a rien à Azziz, ni hôtel ni restaurant ni bus ni taxi et que les gens y sont très dangereux !

Arrivé en ville à un carrefour où j’aperçois une rue commerçante, je lui demande de m’arrêter. Je marche dans la rue commerçante et provoque visiblement l’étonnement des villageois.

Je demande s’il y a des hôtels à Azziz. Oui, il y en a un à 20 mètres ! Très petit, très modeste mais il y en a un. La chambre est à 9 livres turques. Je demande de la voir. C’est propre et chauffé, il y a une télé avec des centaines de chaînes, un minuscule évier. Je prends la chambre et paie 10 livres, 5 €. Le préposé très souriant me demande mon passeport et me signale qu’il doit le garder jusqu’au passage de la police.

Je demande où il y a un restaurant. A dix mètres, me dit un jeune homme. C’est mon restaurant, je vous y conduis. Soit. On y entre. Les kebabs provoquent une fumée qui pique aux yeux. Les clients portant keffieh viennent semble-t-il passer commande et rentrent manger la viande cuite chez eux.

Le jeune patron m’invite à passer dans la salle à l’étage où il me place près de la fenêtre ouverte. Le plafond n’est qu’à deux mètres de haut. Je suis le seul attablé et aucun autre client ne viendra s’asseoir ici pendant mon repas.

Le jeune homme me sert mes kebabs et vient s’asseoir à ma table pour m’interroger sur la Belgique et surtout pour savoir s’il est possible de s’y installer. Je mets l’accent sur toutes les difficultés.

Je retourne à l’hôtel et demande mon passeport. Le préposé me signale qu’il l’a remis à l’épicerie où la police viendra l’examiner ce soir.

Je me rends à l’épicerie où il y a huit personnes en train de siroter du thé. Non, la police n’est pas encore passée, mais attendez, prenez une chaise et un thé. Ici aussi, rien que des hommes, dont cinq portent le keffieh et un une robe allant jusqu’au sol. Ce dernier et un autre sont les seuls à parler anglais. Je commets peut-être une gaffe en demandant s’il est imam. Je lui explique que c’est la première fois de ma vie que je vois un homme avec une robe en dehors des prêtres qui jadis portaient des soutanes dans mon pays !

Je suis assailli de questions sur mon périple. Et chaque phrase est traduite en arabe pour la compagnie. Puis, on m’interroge sur ma religion et sur ce que je pense de leur religion.

Forcément, je m’efforçais de ne pas heurter mes interlocuteurs. Ils insistaient pourtant pour que je fasse part de tout que je pouvais critiquer. Ils étaient surpris quand je leur ai dit que la polygamie même restreinte à quatre épouses était interdite et punissable chez nous.

Je leur ai dit que, d’après ce que j’ai entendu, même le prophète avait dépassé cette limite de quatre. Certes, me répondirent-ils, Mahomet a lui-même dépassé cette limite mais c’était pour des raisons d’opportunisme politique, pour plaire à d’autres tribus et les rallier par des mariages et non pour assouvir des passions sexuelles.

La polygamie n’a jamais été critiquée par Jésus, me dirent-ils. Oui, répondis-je, mais le droit romain et celui de la plupart des pays d’occident s’y opposent. La raison est simple. Dans la plupart des pays, le nombre d’hommes et le nombre de femmes sont très proches, sauf parfois en temps de guerre. Si sur une population de 200 personnes, 100 hommes et 100 femmes, 5 hommes prennent chacun 4 épouses, 10 prennent chacun 3 épouses et 20 en prennent 2, il reste 10 femmes pour 65 hommes. Voilà de toute évidence un déséquilibre qui crée des problèmes de prostitution, d’homosexualité et d’adultère, ou de razzias de femmes comme cela se passe en Afghanistan pour fournir les harems des émirats. Comme en cas d’adultère, on ne lapide dans certains pays que la femme, on réduit encore le nombre de femmes par rapport aux hommes. Je sens bien que je choque par mes propos et je m’abstiens de parler de l’esclavage, de la violence, des attentats et de l’intolérance souvent associés à l’Islam.

Ils m’ont répondu que le problème de la polygamie est moins grave que je ne l’imagine car très rares sont les hommes pouvant se permettre d’entretenir plusieurs femmes.

Le fait par exemple que la femme n’hérite que de la moitié d’une part d’un fils est pour moi surprenant. On m’a bien sûr répondu que c’est normal car la femme est choyée et ne doit jamais subvenir aux besoins de la famille car c’est à l’homme que revient le devoir de travailler pour apporter l’argent nécessaire au couple. Et une loi du Coran est éternelle. On ne peut pas la modifier en fonction des mentalités parfois fluctuantes.

Ils voulaient savoir combien de mosquées il y avait dans ma ville. J’ai répondu que j’en connais trois mais qu’il doit y en avoir beaucoup d’autres car toutes n’ont pas un minaret. J’ai eu le sentiment qu’ils étaient surpris d’un tel nombre.

Ils m’ont demandé aussi combien je gagnais comme pensionné et à l’époque où je travaillais. Ils se sont intéressés à propos du coût de la vie et étaient surpris de l’ampleur du décalage énorme d’un pays à l’autre entre les revenus mais aussi les dépenses.

Un directeur d’école, universitaire, celui qui portait la jupe, ne touche que 300 euros par mois. Mais l’essence est quatre fois moins chère qu’en Belgique. Le logement, les restaurants et l’alimentation aussi.

Après ma deuxième tasse de thé, je leur demande quand ils ouvrent demain matin pour retirer mon passeport. Sept heures. Je prends congé. Je vais regarder TV5 international.


 
 

Résolutions recommandées

Salle de jeux | Salle d’étude | Bavardages | Liens utiles | Agenda | ACCUEIL
Tous les textes présents sur ce site sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs

© 2002 Caroloscrabble

site réalisé sous